L'ARGENT COMME ALIBI


Trouver le vrai Amour Il faut parfois une tombe aux secrets de famille. Les amis de Jean, par exemple, avaient du mal à comprendre comment il pouvait supporter sa femme, qui ne perdait pas une occasion de le tyranniser, surtout en public. C'est qu’ils ne connaissaient pas le secret qu'en tant que médecin traitant j'avais pu découvrir : une vieille cicatrice déformait son pénis et il en avait grande honte. Il en était humilié au point de croire qu’il ne lui serait jamais possible de trouver une autre femme prête à l’accepter. Il s’accrochait donc à sa despotique compagne, tout comme ce pédophile notoire qui submergeait sa femme de cadeaux en échange de son silence. L’argent justifie bien des compromis et sert d'alibi à beaucoup de situations familiales qui bouleversent les rôles traditionnels. Un homme accepte plus volontiers de devenir père au foyer lorsque sa femme gagne plus d’argent. Les pays nordiques accordent bien des congés paternité aux hommes dont les femmes doivent reprendre le travail rapidement. Tout en offrant aux mères une protection plus large, ces innovations multiplient les occasions de conflit au sein du couple.

L'argent avant L’amour

N’en déplaise aux faux romantiques, les contrats de mariage permettent d'éviter bien des conflits conjugaux et dans bien des cas une rencontre adultère cachée. Mais il est clair que le mariage ne fait pas seulement l'objet d’un acte notarié et qu’il véhicule tout un monde d'espoirs. Il est donc indispensable qu'il se construise aussi sur la confiance réciproque. Trop de gens continuent de croire que des accords précis permettent d’éliminer tout risque de conflit. Cette façon de penser typiquement américaine a trouvé une illustration caricaturale dans le contrat de mariage qu'ont signé Sylvester Stallone et son ex-épouse Brigitte Nielsen, lequel incluait des clauses obligeant celle-ci à se faire refaire les seins et à marcher toujours pieds nus pour éviter qu'on remarque leur différence de taille. En cas de divorce, le contrat prévoyait des dédommagements proportionnels au nombre de jours de vie commune. Comment éviter le conflit quand on a des conceptions de l'amour aussi opposées que celles d'Alfred et de Céline ? Elle est romantique, lui est pragmatique. Ils sont tous deux issus d'un milieu aisé. D'un avis unanime, on leur a conseillé d'aller voir le notaire avant de passer devant Monsieur le Curé. Alfred a accepté de bonne grâce. Pour Céline, au contraire, cela a marqué la fin d'une histoire d'amour, morte avant d'avoir été couronnée. Sa confiance s'est muée en défiance et leur destin commun a périclité avec les histoires d'argent. B y a ceux qui confondent richesse affective et richesse financière. Un pacte diabolique qui finit parfois de funeste manière. B s'agit le plus souvent de l'expression d'un besoin de sécurité pressant, que la vie affective ne peut satisfaire et qui ne trouve de soulagement que dans la conquête de biens matériels. Quand une femme est un trésor. On est bien forcé de l'admettre : ceux qui cherchent une héritière doivent faire preuve d'un talent particulier et d'un amour de l'argent hors du commun. Thierry fait partie de ceux-là : on peut faire l'analyse de sa vie sentimentale à la seule vue de son compte en banque. Au temps de sa première femme, il se sentait plutôt à l'étroit. B l'a abandonnée en l'accusant d'avarice. Puis il a rencontré Irène, une riche veuve qu'il a pillée. Elle lui a permis de gérer l'héritage copieux quelle avait reçu jusqu'à ce qu’elle découvre le pot aux roses : non seulement il la trompait, mais encore il avait mis à son propre nom la plus grande partie du patrimoine. Elle exigea d'elle un dédommagement confortable, avant de se résoudre à un divorce auquel il s'opposait de toutes ses forces. Jusqu'à ce qu'il trouve une autre héritière, avec laquelle il a recommencé son méprisable trafic. Il n’y a pas que les hommes qui se comportent de la sorte. La maîtresse d’un homme politique impliqué dans la tourmente de Tangentopoli, a défendu son compagnon de toutes ses forces jusqu'à ce qu'il soit incarcéré. Elle l’a alors abandonné et s’est empressée de se propulser, en utilisant quelques hommes comme tremplin, de la Première à la Seconde République. Quand l’argent exacerbe la méchanceté. Par l’argent on peut tenir l’autre en main, et faire de lui une simple source de revenus. Comme Gabrielle, par exemple, l'une de mes patientes : à peine eut-elle hérité d’une confortable fortune quelle permit à son mari Bruno de prendre en charge la gestion et d’assumer la direction de l'entreprise familiale. Pourquoi agit-elle ainsi alors que son mariage était en crise depuis longtemps ? De fait, l’hostilité que Bruno ressentait pour sa femme ne fut pas longue à s'exprimer : à la moindre critique, il lui coupait les fonds. Il ne se privait pas de lui rappeler qu'en cas de faillite, c'est elle qui perdrait l'entreprise. Ce que ne pouvait supporter Gabrielle, pour qui toute idée de banqueroute était une insulte à la mémoire de son père. Alors elle endura tout, même le départ de son mari avec sa maîtresse et une bonne partie du patrimoine familial. Elle resta seule, privée de cet argent qui pourtant lui appartenait. La méchanceté prend parfois des chemins détournés. Pensez à ceux qui couvrent leurs partenaires de cadeaux afin de l'empêcher de dire non, ou de se soustraire à leur volonté. Le cadeau empoisonné peut devenir un instrument efficace de chantage quand on ne sait plus susciter autrement l'affection. L’amour, lui, n’a pas de prix.

Revers de fortune

Lorsque l’amour s'éteint, il faut savoir gérer la séparation, afin de conserver l’énergie nécessaire à une nouvelle vie fondée sur d'autres liens affectifs. Malheureusement, les meilleures intentions du monde achoppent souvent sur le dernier et le plus terrible des devoirs conjugaux : la séparation des biens.

Le test de l’amour véritable.

Il est parfois difficile de reconnaître la déception que l'on ressent face au changement de statut social de son partenaire. Si celui-ci ne parvient plus à le maintenir par son travail, on perd souvent l’estime que l'on avait pour lui et c'est le prélude à une séparation. Certains luttent contre cette désillusion en se mentant à eux-mêmes. Isabelle, issue d'une famille de commerçants aisés, redoutait plus que tout de perdre son compagnon. Elle a donc acheté en cachette l’entreprise dans laquelle il travaillait afin de pouvoir augmenter son salaire et sauver leur amour.

L'argent comme représailles.

Bien des familles doivent renoncer aux ressources économiques sur lesquelles elles pensaient pouvoir compter. L’argent est alors source de représailles d'autant plus dangereuses que les premières victimes sont des enfants. Combien d'entre eux sont même, par dépit, privés de pension alimentaire ! Lorsqu’on ne trouve plus son compte d'érotisme dans l’amour, soutient un avocat spécialiste du divorce, la haine trouve dans l'argent un moyen d'expression. D’ailleurs les clients de ce genre commencent souvent leurs propos par ces mots : « Monsieur l'Avocat, je veux gagner, à n'importe quel prix ! » Inversement, d'autres se livrent à des chantages financiers plutôt que de renoncer à un amour moribond. Toute séparation implique un deuil psychologique. Ceux qui n'en sont pas capables se servent parfois de l'argent pour prolonger artificiellement un rapport qui n’existe plus. Nadine s'était ainsi inventé une grave maladie. Non pour avoir de l'argent, mais pour que son ex-mari lui porte une attention qui lui donne l'illusion d'être aimée. Il jouait le jeu par pitié, et s'était fait son bienfaiteur, mais il n’est pas redevenu son mari...